Le milieu estuarien s'impose au Parc de la rivière Mitis parce qu'il est au centre d'une rencontre entre l'estuaire du fleuve Saint-Laurent et l'estuaire de la rivière Mitis.
L'estuaire correspond à la partie en aval d'une rivière ou d'un fleuve où se font sentir les marées et où se rencontrent l'eau douce et l'eau de mer. Les courants et les marées y mélangent les eaux salées et douces, créant des conditions de salinité changeantes d'heure en heure. Ces conditions favorisent la concentration de sels nutritifs d'origine terrestre et marine. Les estuaires sont donc des endroits extrêmement riches et regorgeant de vie. Les caractéristiques de chaque estuaire dépendent de sa grandeur, de sa forme, de son histoire géologique, de sa localisation géographique, de la quantité et de la qualité de l'eau douce qui y entre, ainsi que de la nature des terres qui l'entourent. Chaque estuaire est unique.
Les estuaires sont des lieux instables. Les conditions de vie, par exemple la salinité et la température, y sont très variables. Ce sont des milieux très dynamiques. Le degré de salinité varie avec le niveau et l'intensité des marées, la fonte des neiges au printemps et les périodes de fortes précipitations ou de sécheresse de l'année. Les espèces qui y vivent doivent pouvoir s'adapter à ces variations et celles qui n'y arrivent pas sont exclues des estuaires. Par contre, les espèces adaptées à ces fluctuations profitent pleinement de la richesse de ces eaux saumâtres et leurs représentants y vivent en très grand nombre. La quantité de nutriments, alliée aux températures chaudes et à la bonne pénétration des rayons du soleil dans les eaux peu profondes des estuaires, est propice à une activité biologique intense, particulièrement durant l'été.
Dans les sédiments qui tendent à s'accumuler dans le fond, il s'y ancre une végétation spécifique qui offre un abri aux divers organismes vivant dans ces écosystèmes remarquables. La zostère marine est une plante vasculaire extraordinaire parce qu'elle peut vivre dans l'eau salée. Elle forme de denses plaques dans les estuaires qui stabilisent les sédiments du fond. Plusieurs espèces marines, poissons et invertébrés, profitent de cet abri en l'utilisant comme pouponnière. Elles viennent y pondre leurs œufs et offrir à leur progéniture un environnement riche et protégé pour les premiers stades de leur vie. Pour cette raison, les estuaires sont à protéger dans l'optique de la bonne gestion des ressources marines.
Saviez-vous que la région du Bas-Saint-Laurent est bordée au nord par un estuaire qui figure parmi les plus vastes au monde ? C'est dans la région du Bas-Saint-Laurent que les eaux du fleuve Saint-Laurent se mêlent à celles de l'océan Atlantique. Tout y est à une échelle plus grande lorsqu'on le compare aux estuaires de rivières comme la rivière Mitis. Dans l'estuaire de la Mitis, la salinité passe de 28 parties par millier à zéro en 500 m. Dans l'estuaire du Saint-Laurent, cette même dilution se fait sur une distance de 300 kilomètres ! Les conditions dans cet estuaire immense changent beaucoup moins rapidement et moins fréquemment que dans l'estuaire d'une petite rivière. Ceci rend l'estuaire du fleuve plus facile à vivre pour plusieurs espèces.
Au Parc de la rivière Mitis, les gens qui s'intéressent à la nature ont l'occasion de comparer les estuaires d'une petite rivière à celle d'un grand fleuve. En saison estivale, l'équipe des naturalistes du Parc offre quotidiennement une activité d'interprétation sur ce milieu naturel à découvrir.
ROSSIGNOL, Anne. 1998. L'estuaire maritime et le golfe du Saint-Laurent, Carnet d'océanographie, Institut national de la recherche scientifique, Océanologie, Rimouski (Québec). 64 p.